La valeur d’un arbre

La compagnie énergétique EDF Luminus a l’intention de démolir sept hectares de forêt autour du lieu-dit Lambiester, à Lierneux, pour y construire une centrale de six éoliennes de 180 mètres de haut. Nous ne sommes pas contre des projets d’énergie durable mais des zones éoliennes ne devraient pas se situer – comme ce serait le cas ici – en même temps au milieu d’une forêt et tout près d’une zone d’habitation.

L’implantation éolienne à Lambiester serait absolument en contradiction avec l’objectif de la production d’énergie durable, c.à.d. la protection de l’environnement. En effet, sept hectares de bois devraient être rasés pour pouvoir construire ces turbines. Il nous semble contradictoire que l’on puisse détruire une bonne part de la nature qui nous entoure pour des raisons écologiques. Une nature de plus en plus rare, mais bien protégée, constitue un intérêt fondamental à court et à long terme pour de plus en plus de personnes.

Une réaction souvent entendue à ce sujet est : « Oui, mais il s’agit de bois sans valeur ! ». Un jugement grotesque et complètement en contradiction avec la notion globale et croissante de l’intérêt d’un seul arbre, plus encore d’une forêt entière de sept hectares

Regardons un instant l’histoire :

Jadis, il était normal de penser en termes de hiérarchie quand il s’agissait de la valeur de l’Homme. Au sommet il y avait l’homme (masculin), et subalterne à lui, la femme. Après, venaient les animaux. Plusieurs de ceux-ci n’avaient point de valeur, et l’homme pouvait les maltraiter et les éliminer sans peine. Aujourd’hui nous savons que même un petit insecte tel que l’abeille est indispensable au maintien de notre système alimentaire. Albert Einstein a dit : If the bee disappeared off the surface of the globe, then man would have only four years of life left (si l’abeille disparaissait de la surface de la terre, ils ne resteraient à l’homme que quatre années à vivre).

De nos jours, nous nous étonnons d’une telle condescendance envers femmes et animaux et nous sommes écrasés de honte. Il faut du temps à une idée pour se développer. Notre manière de traiter les arbres et forêts sera aperçue par les générations futures avec un même sentiment d’incrédulité et de consternation.  En ce moment, « La vie secrète des arbres », le livre du forestier allemand Peter Wohlleben, est un best-seller mondial avec un tirage de plus de 500.000 exemplaires. Wohlleben décrit ce qu’il appelle le wood wide web – un terme scientifique, et non pas une fiction romantique – qui est un système de moisissures raccordant des forêts entières, comme les câbles de fibre de verre raccordent le world wide web. Une seule cuillère à thé contient quelques kilomètres de ces fils moisis qui transportent des signaux d’un arbre à l’autre. Ces signaux transmettent de l’information sur les insectes, sur l’aridité du sol ou d’autres dangers.

Oublions un instant l’aspect scientifique et limitons-nous à l’émotion : Force est alors de constater, qu’en Wallonie comme en Flandre, les forêts sont en danger, tandis que l’on peut constater en même temps une grande nécessité sociale d’expérience forestière. Plus que jamais les gens sont prêts à se diriger vers la forêt, du moment qu’il y ait un phénomène extraordinaire ou temporaire à voir. Ce printemps 2017, dix-sept mille personnes ont pris l’autobus pour aller contempler, au bois de Hal, en Brabant, les jacinthes sauvages en pleine floraison.

Il est inconcevable que, jadis, ait existé une « compétition » comme L’arbre de l’année, à laquelle participe la Fondation wallonne pour la Conservation des Habitats. Le concours Arbre de l’année européen est un projet non-commercial qui a l’intention de renforcer la relation entre Hommes et Arbres. Le projet vise à mettre en évidence l’importance de la sauvegarde d’arbres et à supporter des actions pour protéger les spécimens remarquables en tant que patrimoine naturel ou culturel.

Toute cette argumentation veut démontrer la nouvelle conscience mondiale de la valeur,  même pour un arbre singulier. Mais chez nous, à Lierneux, EDF Luminus raserait sans scrupules sept hectares de forêt parce que l’endroit de Lambiester serait le plus profitable. En Ardennes, sept hectares, ce n’est pas tant, diriez-vous ? En ce moment il y encore des restrictions plus ou moins rigides à l’implantation éolienne en zone forestière. Mais la construction de la centrale à Lambiester constituerait un précédent (juridique) pour toute entreprise énergétique, permettant d’éradiquer des arbres quand un endroit en forêt leur paraît pouvoir produire le plus de profit.